SELARL ou SELAS pour un médecin libéral : le comparatif complet.

Le choix entre SELARL et SELAS est la deuxième grande décision structurante d'un projet de société libérale — après celle de passer en société tout court. Au-delà des apparences, les deux formes diffèrent fondamentalement sur un seul paramètre : le statut social du dirigeant. Mais ce paramètre conditionne tout le reste — cotisations, rémunération, dividendes, protection sociale. Voici le comparatif complet, chiffré, avec trois profils types.

L'essentiel en 6 points

  • Une seule vraie différence entre SELARL et SELAS : le statut social du dirigeant. Le reste (fiscalité IS, objet libéral, agrément ordinal) est identique.
  • SELARL = gérant TNS (Travailleur Non Salarié). Cotisations sociales ~35-45 % du revenu de gérance. Retraite à la CARMF pour les médecins.
  • SELAS = président assimilé salarié. Cotisations sociales ~70-80 % de la rémunération versée. Retraite régime général + Agirc-Arrco.
  • Dividendes : en SELARL, la part au-delà de 10 % du capital est soumise aux cotisations TNS (loi Macron 2013). En SELAS, les dividendes ne supportent que le PFU à 30 %.
  • SELARL = standard pour la grande majorité des médecins qui se versent une rémunération régulière. SELAS pertinente uniquement avec stratégie dividendes prédominante.
  • Le passage SELARL↔SELAS reste possible ultérieurement, mais coûte cher et n'est pas neutre fiscalement. Mieux vaut bien choisir dès le départ.

Statut social du dirigeant : tout se joue ici.

SELARL et SELAS sont deux formes de Société d'Exercice Libéral (SEL), nées de la loi du 31 décembre 1990 et modernisées par l'Ordonnance 2023-77 entrée en vigueur le 1ᵉʳ septembre 2024. Sur le plan fiscal, elles sont strictement identiques : imposition à l'impôt sur les sociétés (15 % sur les premiers 42 500 €, puis 25 %), même règles d'amortissement, mêmes contraintes ordinales sur la composition du capital.

La différence se concentre sur un seul paramètre : le statut social du dirigeant. En SELARL, le gérant majoritaire est TNS (Travailleur Non Salarié, comme un médecin en BNC). En SELAS, le président est assimilé salarié (comme un salarié du privé, sans contrat de travail mais avec le même régime de cotisations). Ce choix n'est pas un détail technique : il conditionne le niveau de cotisations sociales, le mode de rémunération optimal, l'imposition des dividendes, et la protection sociale du praticien.

SELARL vs SELAS : les 8 différences qui comptent.

SELARL SELAS
Statut social du dirigeant Gérant majoritaire TNS Président assimilé salarié
Taux de cotisations sociales ~35-45 % du revenu de gérance ~70-80 % de la rémunération versée
Caisse de retraite CARMF (médecins) / autre caisse libérale Régime général + Agirc-Arrco
Imposition des dividendes PFU 30 % + cotisations TNS sur la part > 10 % du capital PFU 30 % uniquement
Protection sociale Couverture SSI + prévoyance/santé Madelin à souscrire Régime général + complémentaires d'office
Imposition des bénéfices IS (15 % puis 25 %) IS (15 % puis 25 %)
Agrément ordinal Obligatoire (CDOM pour les médecins) Obligatoire (CDOM pour les médecins)
Stratégie optimale Rémunération régulière + dividendes modestes Rémunération modeste + dividendes prédominants

Trois profils types, trois arbitrages différents.

Ces simulations sont indicatives — chaque cabinet a ses spécificités (conjoint, projets immobiliers, train de vie réel). Elles donnent un ordre de grandeur de l'arbitrage SELARL vs SELAS selon les configurations les plus fréquentes.

Profil 1

Médecin généraliste 38 ans, 130 k€ de bénéfice

  • Bénéfice annuel : 130 000 €
  • Train de vie : 80 000 €/an
  • Excédent à arbitrer : 50 000 €
  • Conjoint : salarié, revenu 45 000 €
  • Projet immo : achat cabinet dans 12 mois

→ SELARL recommandée. La rémunération de gérance à 80 k€ + dividendes modestes à 20-30 k€ minimise les cotisations sociales. La fraction de dividendes sous le seuil 10 % du capital évite la majoration TNS.

Profil 2

Spécialiste 45 ans, 200 k€ de bénéfice

  • Bénéfice annuel : 200 000 €
  • Train de vie : 100 000 €/an
  • Excédent à arbitrer : 100 000 €
  • Conjoint : non salarié
  • Projet : capitaliser pour transmission à 65 ans

→ SELARL généralement plus avantageuse. Rémunération à 100 k€ + bénéfices conservés en société à 25 % d'IS. SELAS justifiable uniquement si forte stratégie dividendes immédiats (rare en spécialité).

Profil 3

Cabinet de groupe, 3 associés, 600 k€ CA

  • CA cabinet : 600 000 €
  • Bénéfice par associé : ~140 000 €
  • Stratégie partagée : capitaliser pour racheter les murs
  • Sortie envisagée : 15-20 ans
  • Couverture sociale : chacun avec son propre conjoint

→ SELARL pour la grande majorité des cabinets de groupe. Souplesse de gouvernance, articulation avec une SCI achetant les murs, et arbitrage rémunération/dividendes négocié associé par associé.

Pour qui la SELARL, pour qui la SELAS ?

SELARL — la forme standard

  • Vous avez besoin d'une rémunération régulière conséquente (> 80 k€/an)
  • Vous voulez optimiser les cotisations sociales sur cette rémunération (TNS ~35-45 % vs assimilé ~70-80 %)
  • Vous êtes médecin et tenez à votre affiliation CARMF (continuité de carrière)
  • Vous projetez d'acheter les murs de votre cabinet (articulation avec SCI bien rodée)
  • Vous avez un conjoint au foyer ou peu rémunéré (les cotisations TNS protègent moins, à compenser par prévoyance Madelin)
  • Vous voulez la souplesse de gouvernance maximale (gérant majoritaire seul décisionnaire)

SELAS — l'exception qui se justifie

  • Vos bénéfices sont très élevés (> 200 k€/an) avec une consommation personnelle limitée
  • Vous préférez une rémunération modeste compensée par des dividendes (50 k€ rémunération + 100 k€ dividendes par exemple)
  • Vous tenez à une protection sociale du régime général (couverture complète, Agirc-Arrco)
  • Vous anticipez l'arrivée d'investisseurs ou d'associés non-professionnels (le pacte d'actionnaires SELAS est plus flexible)
  • Vous êtes en transition de carrière avec un nouveau régime de retraite à intégrer
  • Vous valorisez la prévisibilité d'un statut simple à un avantage fiscal long terme

Rémunération ou dividendes : l'arbitrage qui change tout.

Que le médecin choisisse SELARL ou SELAS, la question critique de gestion annuelle est la même : combien se verser en rémunération de gérance (imposée à l'IR personnel + cotisations sociales) et combien laisser en bénéfices (potentiellement distribués en dividendes ou conservés en société) ? Cet arbitrage est différent en SELARL et en SELAS — et c'est ce qui rend une forme préférable à l'autre selon les profils.

En SELARL — le piège des dividendes

Depuis la loi de financement de la sécurité sociale 2013, les dividendes versés au gérant majoritaire TNS sont soumis aux cotisations sociales TNS pour la part qui dépasse 10 % du capital social + primes d'émission + comptes courants d'associé. Concrètement, un gérant qui veut basculer massivement sa rémunération en dividendes pour éviter les cotisations sociales se heurte à cette règle — la fraction supplémentaire est taxée comme la rémunération. La stratégie « tout en dividendes » est donc inefficace en SELARL au-delà d'un seuil rapidement atteint.

En SELAS — la liberté sur les dividendes

En SELAS, les dividendes versés au président ne supportent que le PFU à 30 %, sans assujettissement supplémentaire aux cotisations sociales. Cette différence majeure ouvre une stratégie spécifique : se verser une rémunération modeste (juste suffisante pour conserver les droits sociaux essentiels) et privilégier les dividendes pour le reste. Cette stratégie n'est cependant rentable que si l'écart de cotisations sur la rémunération de gérance compense le coût de la SELAS — ce qui n'arrive vraiment qu'au-delà de 200-250 k€ de bénéfice annuel.

Pour le détail des calculs et l'arbitrage personnalisé selon votre profil de revenus et votre situation patrimoniale, voir notre article complémentaire Passer en SELARL : quand et comment ou contacter directement un cabinet expert en structuration.

Quatre erreurs qui font basculer le calcul.

Choisir SELAS par effet de mode

La SELAS a été présentée à tort comme « la nouvelle SELARL ». Pour la grande majorité des médecins libéraux qui se versent une rémunération régulière, c'est un mauvais calcul — les cotisations sociales du président assimilé salarié pénalisent durablement le net disponible.

Sous-estimer le seuil des 10 % du capital en SELARL

Beaucoup de praticiens créent une SELARL avec un capital symbolique de 1 000 ou 5 000 €. Conséquence : dès 100-500 € de dividendes, la majoration cotisations TNS s'applique. Une SELARL bien capitalisée (parts × valeur réelle) protège ce levier.

Oublier la prévoyance en SELARL

Le gérant TNS n'a pas de couverture invalidité-décès équivalente au régime général. Sans contrat Madelin solide, un arrêt prolongé met en péril le foyer. L'économie de cotisations doit s'accompagner d'une assurance prévoyance bien calibrée — sinon le calcul s'inverse.

Choisir avant de modéliser sur 10 ans

Le bon choix n'est jamais évident sur une seule année. Une projection à 10 ans avec hypothèses de revenus, train de vie, projets immobiliers et conjoint donne souvent un verdict très différent d'une intuition court-terme. C'est l'investissement de simulation qui paie le mieux.

Pour le choix entre SELARL et SELAS et la modélisation chiffrée selon votre profil, Ordinis Courtage est le cabinet expert reconnu sur ce créneau.

Contacter Ordinis Courtage

SELARL ou SELAS : ce que les médecins nous demandent.

Quelle est la différence principale entre SELARL et SELAS ? +

La différence fondamentale porte sur le statut social du dirigeant. En SELARL, le gérant majoritaire est TNS (Travailleur Non Salarié) — cotisations sociales d'environ 35 à 45 % du revenu de gérance, retraite gérée par la CARMF pour les médecins. En SELAS, le président est assimilé salarié — cotisations sociales d'environ 70 à 80 % de la rémunération versée, retraite du régime général. Sur le plan fiscal, les deux structures sont identiques : impôt sur les sociétés au taux normal de 25 % (15 % sur les premiers 42 500 € sous conditions). La différence se joue sur le rapport entre rémunération et dividendes.

SELARL ou SELAS pour un médecin : quel est le meilleur choix ? +

Il n'y a pas de meilleur choix dans l'absolu — tout dépend de la stratégie de rémunération du médecin. La SELARL est généralement plus avantageuse quand le praticien se verse une rémunération significative (> 80 000 €/an) et cherche à minimiser les cotisations sociales sur cette rémunération. La SELAS devient pertinente quand le praticien préfère se verser de modestes salaires et privilégier les dividendes (en SELAS, les dividendes ne supportent pas les cotisations sociales TNS contrairement à la SELARL où ils sont taxés au-delà de 10 % du capital social). Pour la grande majorité des médecins libéraux qui ont besoin d'un revenu régulier de gérance, la SELARL reste le choix standard.

Les dividendes en SELARL et SELAS sont-ils imposés différemment ? +

Oui, c'est l'une des différences les plus importantes. En SELAS, les dividendes versés au président sont imposés au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) à 30 % — point. En SELARL, les dividendes versés au gérant majoritaire sont également imposés au PFU à 30 %, mais la fraction qui dépasse 10 % du capital social + primes d'émission + sommes versées en compte courant d'associé est en plus assujettie aux cotisations sociales TNS (environ 35-45 %). Cette règle, introduite par la loi de financement de la sécurité sociale 2013, rend la stratégie « tout en dividendes » moins attractive en SELARL qu'en SELAS.

Quelle protection sociale en SELARL vs SELAS ? +

En SELARL, le gérant TNS bénéficie de la protection sociale des travailleurs indépendants : couverture maladie via la Sécurité sociale des indépendants (SSI, ex-RSI), retraite à la CARMF pour les médecins, prévoyance et complémentaire santé à souscrire en parallèle (déductibles via la loi Madelin). En SELAS, le président assimilé salarié bénéficie de la même protection que les salariés du régime général : maladie, maternité, retraite régime général + complémentaires Agirc-Arrco, prévoyance via les caisses de retraite. La SELAS offre une protection plus complète d'office mais à un coût significativement plus élevé en cotisations.

Peut-on passer d'une SELARL à une SELAS (ou inverse) ? +

Oui, le passage d'une forme à l'autre est techniquement possible par transformation de la société (modification statutaire votée en AGE, nouvelle rédaction des statuts, agrément ordinal éventuel). Mais ce passage n'est pas neutre : il déclenche un changement de régime social du dirigeant, parfois des conséquences fiscales sur la valeur des parts, et nécessite de nouvelles démarches auprès de l'Ordre. En pratique, ce type de transformation se justifie uniquement par un changement profond de stratégie de rémunération (par exemple, basculer d'un mode rémunération vers un mode dividendes, ou inversement). Mieux vaut bien choisir la forme dès le départ.

À partir de quel niveau de bénéfices la SELAS devient-elle intéressante ? +

La SELAS commence à devenir compétitive face à la SELARL quand le praticien envisage de conserver une part importante des bénéfices en société (au-delà de 50-60 % du résultat) et de ne se verser qu'une rémunération modeste compensée par des dividendes. Sur des bénéfices supérieurs à 200 000 €/an avec une consommation personnelle limitée à 80-100 000 €/an, la SELAS peut générer une économie de cotisations sociales sur les 100-120 000 € versés en dividendes. En dessous de ce seuil, l'écart de cotisations sociales sur la rémunération de gérance reste défavorable à la SELAS. C'est un calcul à mener au cas par cas.

Le conjoint peut-il entrer au capital d'une SELARL ou SELAS ? +

Oui, mais sous conditions strictes. Les SEL (sociétés d'exercice libéral) imposent que le capital soit majoritairement détenu par des professionnels en exercice de la même profession. Le conjoint non-médecin peut détenir une partie minoritaire du capital (jusqu'à 49 % généralement), avec des conséquences à anticiper : implications successorales en cas de divorce, exposition du patrimoine commun en cas de difficultés professionnelles, impact sur la valorisation des parts. Cette intégration doit être pensée dans la durée, pas pour optimiser un seul paramètre fiscal de court terme.

Quel impact du choix SELARL/SELAS sur l'achat des murs ? +

Le choix entre SELARL et SELAS n'affecte pas directement la capacité à acheter les murs — qui passe généralement par une SCI distincte. Mais il affecte indirectement le pouvoir d'achat du praticien à titre personnel : une SELAS qui cotise massivement sur la rémunération laisse moins de net disponible pour un crédit immobilier résidentiel parallèle, tandis qu'une SELARL avec arbitrage rémunération/dividendes peut optimiser le revenu personnel imposable. Dans tous les cas, l'articulation SCI / SEL doit être pensée avant l'achat, pas après — voir notre guide complet sur la SCI cabinet médical.

SELARL ou SELAS, le choix se fait en modélisant 10 ans, pas un.

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