Le financement était acquis. Et pourtant, tout menaçait de bloquer.
Quand des chirurgiens-dentistes préparent leur installation, ils concentrent toute leur attention sur une question : « la banque va-t-elle accepter de me financer ? ». Dans ce dossier, la réponse était oui. Les revenus étaient solides, le projet immobilier cohérent, l'enveloppe envisageable.
Le problème était ailleurs : les travaux devaient être financés par une future SELARL qui n'existait pas encore — et ne pouvait pas être créée immédiatement.
Le contexte du projet
| Paramètre | Détail |
|---|---|
| Surface | 132 m² |
| Localisation | Paris 14e |
| Prix d'acquisition | 1 330 000 € |
| Travaux | environ 300 000 € |
| Coût global | 1 750 000 € |
| Apport | 60 000 € |
| Âge des praticiennes | environ 30 ans |
Les deux chirurgiennes-dentistes souhaitaient quitter leur structure actuelle pour créer leur propre cabinet, avec plusieurs salles de soins. Elles étaient encore associées minoritaires d'une autre SELARL — or un chirurgien-dentiste ne peut pas être associé simultanément dans deux SELARL exerçant la même activité. Leur nouvelle structure ne pouvait donc pas exister juridiquement avant leur sortie : pas de Kbis, pas de compte bancaire, pas de capacité à emprunter.
Le blocage initial
Pour une banque, la situation est simple : on ne prête pas plusieurs centaines de milliers d'euros à une société qui n'existe pas. Pourtant, le calendrier ne pouvait pas attendre — un chantier dentaire (fauteuils, réseaux techniques, compresseurs, aspiration, aménagements lourds) dure facilement six mois ou davantage. Attendre la création de la SELARL, c'était condamner le calendrier du projet.
La stratégie mise en place
Étape 1 — Dissocier les murs des travaux
Une erreur fréquente consiste à tout faire financer dans la même enveloppe. Or il y a deux sujets distincts : l'acquisition des murs relève d'une logique patrimoniale (portée par la SCI), les travaux relèvent d'une logique d'exploitation. Cette dissociation allège la dette de la SCI, améliore la lecture bancaire et fait correspondre chaque financement à l'actif qu'il finance réellement.
Étape 2 — Porter temporairement les travaux sur les praticiennes
Plutôt que d'attendre la création de la future SELARL, un montage transitoire a été construit avec la banque : chaque dentiste a souscrit une ligne de crédit personnelle d'environ 125 000 €. Les prêts étaient juridiquement portés par les personnes physiques — ce qui a débloqué immédiatement le financement des travaux.
Étape 3 — Verrouiller le transfert dès l'origine
C'est le point le plus important du dossier. Dès la mise en place du financement, l'accord de la banque sur le mécanisme futur de transfert a été obtenu : une fois la SELARL créée, les travaux seraient intégrés dans la structure d'exploitation et les crédits transférés vers la société. Sans cet engagement initial, les praticiennes risquaient de rester durablement avec des centaines de milliers d'euros de dette personnelle pour des travaux bénéficiant à leur future société.
Étape 4 — Rendre le projet lisible pour la banque
Ce montage n'est pas standard. Très peu d'établissements savent le traiter — encore moins sur un projet dépassant largement le million d'euros. Il fallait démontrer la cohérence économique du projet, la viabilité du futur cabinet, la capacité des praticiennes à reprendre l'exploitation et la logique du transfert. Une banque finance rarement un dossier parce que les chiffres sont bons : elle finance un projet qu'elle comprend.
Le résultat
| Paramètre | Résultat obtenu |
|---|---|
| Coût global financé | 1 750 000 € |
| Travaux | réalisés sans attendre la création de la SELARL |
| SELARL | créée conformément au calendrier |
| Crédits transitoires | transférés vers la société comme prévu |
Aujourd'hui, les deux praticiennes exercent dans leur propre cabinet, avec plusieurs salles de soins et une activité qu'elles maîtrisent totalement. Surtout, elles n'ont pas perdu plusieurs années simplement parce qu'une contrainte administrative rendait impossible la création immédiate de leur structure.